mardi 13 octobre 2015

Espaces urbains








Aujourd'hui j'ai décidé de faire un article un peu différent. J'accroche ici beaucoup de photos de forêt, de nature, d'arbres, bref de tout ce qui fait que je me sens si bien perdue en pleine nature...
Mais là, les paysages sont un peu différents... depuis plus d'un mois je n'ai plus de voiture. Nous avons encore une voiture mais une pour deux. Par chance, nous habitons en ville et je peux aller travailler à pied en 20 minutes, c'est donc ce que je fais depuis fin août. Mais cette semaine je me retrouve seule à la maison, donc sans possibilité d'être véhiculée pour quoi que ce soit.
Et autant les matins sont compliqués car je suis toujours très chargée (entre mon sac à main, mon sac à repas, mes épaisseurs supplémentaires que je fourre dans un sac en tissu pour pouvoir ajouter ou enlever des couches de vêtements au cours de la journée) et que mon lieu de travail se trouve tout en haut de la ville alors que j'habite dans un creux, au bord de la rivière... donc quand j'arrive en haut j'ai chaud!!! Ce qui m'est assez désagréable puisqu'une demi-heure après j'ai froid...
Autant j'adore rentrer à pied le soir, j'ai 20 minutes pour "décrocher" de ma journée et me préparer à rentrer à la maison, je m'arrête plus facilement pour faire des courses en ville et je me sens plus libre (même si toujours aussi chargée...) et j'aime flâner, changer d'itinéraire, regarder les belles maisons, les gens que je croise : les écoliers qui courent avec leur cartable, les collégiens qui déambulent en petites bandes en riant très fort, les mamans qui viennent s'installer dans le jardin de la mairie avec leurs enfants le temps de prendre le goûter et de jouer au soleil... Mais tout ça c'est le centre ville, avec ses espaces pour les piétons, ses larges trottoirs, ses passages cloutés ou protégés un peu partout...

Hier soir j'ai dû me rendre dans une zone commerciale à pied (les transports en commun sont assez pauvres ici), ce qui ne m'était jamais encore arrivé. J'ai régulièrement emprunté cet itinéraire mais toujours en voiture. Pour la première fois j'ai dû chercher mon chemin entre les bandes de bitume inhospitalières, les ronds-points et les voitures si rapides et nombreuses. Le trajet m'a pris 25 minutes contre 3 habituellement, et déjà, ce n'était pas la même démarche, ce n'était pas le même temps, pas le même investissement.
Quand je suis arrivée dans la zone commerciale, j'ai du traverser un immense parking où je n'avais pas ma place. Les parkings sont faits pour les voitures, non pour les piétons, je m'en suis bien rendue compte, cherchant ma place sans arrêt, attentive au moindre déplacement des voitures rapides, lourdes et aveugles, omniprésentes ici. Je me suis sentie vulnérable, lente et perdue sans la protection rassurante de cette carcasse d'acier.

Et quand j'ai dû refaire le même chemin à l'envers, avec mon sac à dos lourdement chargé (ça aussi ça modifie pas mal de comportements, quand on doit porter ce qu'on mange), tout avait changé. Il était tard et le soleil était déjà couché, le ciel hésitait entre bleu polaire et rose pâle et les voitures avaient déserté le parking, l'effervescence de l'après-midi laissant place à un espace vide, gris et mélancolique. Je suis redescendue en marchant dans le frais et le silence, seulement rompu par le passage de quelques rares voitures. Soudain, l'espace me semblait plus habitable, moins effrayant. Par chance j'avais laissé mon appareil photo dans mon sac et j'en ai profité pour capturer ces drôles d'espaces pour les bipèdes. Et finalement j'ai réussi à trouver quelque chose d'esthétique à ces espaces sans vie, lisses et bétonnés, à ces lumières froides et crues... 

Une fois la nuit vraiment tombée, je me suis rendue compte du silence qui m'entourait et de l'attention que je portais aux petits détails, et surtout aux sons : le rythme de mes pas, le craquement des feuilles mortes sous mes pieds, la foulée d'un coureur et sa respiration de l'autre côté de la route, derrière une grande haie de graminées, le cri perçant d'un oiseau tout près.

Autant de détails qui sont venus habiter un instant cet espace inerte qu'est la route. 
Tout le long de mon trajet je me suis sentie comme dans un tableau de Hopper avec ses lumières électriques, ses éclairages crus et ses contrastes forts, avec ses personnages si seuls et si petits parfois dans l'immensité et la froideur de la ville.

Ce trajet m'a fait réfléchir sur des notions comme le temps et le confort, sur les habitudes de vie et sur le tout/tout de suite/sans efforts... et sur la désertification des espaces à taille humaine des centre-ville au profit de ces immensités inaccueillantes  des zones commerciales; et je précise que je vis dans une petite ville, où la route est bordée d'arbres... en tout cas ça m'a rappelé mes années d'études à Bordeaux, à pied dans la banlieue de la grande ville... les petites courses 2 fois par semaine pour ne pas trop se charger... des fonctionnements et habitudes aujourd'hui bien lointains pour moi.

Et juste avant de tourner dans ma rue j'ai vu ça...


... c'est quand même beau une ville la nuit...

Aucun commentaire:

Enregistrer un commentaire